Du chant des oiseaux

Presque tous les oiseaux, du moins en ce qui concerne les oiseaux chanteurs, naissent avec leur chant génétiquement encodé !
Cela signifie qu'en devenant des adultes ils tendraient à chanter, tout comme chantent les autres sujets de leur espèce, même si ils étaient nés sourds !

  

Cependant, les jeunes oiseaux apprennent à chanter de la même manière qu'un enfant apprend à parler. Ils écoutent chanter les adultes dans leur environnement auditif et s'entrainent à pratiquer jusqu'à ce que, progressivement, ils parviennent à répéter ce qu'ils ont mémorisé.
L'apprentissage accroit considérablement les possibilités et les variations de chant et il s'avère même que l'on peut distinguer des dialectes en fonction des diverses situations géographique d'une même espèce.
Avec l'expérience, bien des ornithologues parviennent à déterminer bien des espèces en écoutant simplement les cris et chants spécifiques de chacune d'elles.

 

  Qu'est ce qui permet à chaque jeune oiseau de standardiser son propre répertoire de chant ?


     Comment un jeune oiseau sait-il quels sont les sons appropriés au chant de son espèce et méritent donc d'être mémorisés et appris, et pas les autres ?


     L'apprentissage du chant est un processus gradué qui s'étend sur plusieurs semaines, voir plusieurs mois, suivant les espèces considérées.
Souvent, cet apprentissage débute par un vague mélange de sonorités, en bas volume, appelé « sous-chant », c'est ce qui apparaît en premier et évolue progressivement en un chant plus structuré mais pas encore cristallisé le « chant variable ». L'aboutissement de ce long processus est la production d'un répertoire stable: le « chant cristallisé ». Bien plus de sonorités que ce qui est réellement nécessaire pour ce répertoire peuvent être développées durant ce processus, certaines d''entre elles seront fixées et intégrées dans le chant cristallisé, d'autres seront abandonnées au fur et à mesure que le chant et l'oiseau gagneront en maturité.


     Le parent mâle est un véritable tuteur de chant envers le jeune oiseau et sa présence est très importante et déterminante dans la variété des vocalises qui seront copiées par le jeune oiseau.
Les mâles adultes eux-même copient certaines sonorités caractéristiques du chant des autres mâles des territoires aux alentours, ce qui implique que chez certaines espèces, les mâles ont la possibilité d'étendre leur répertoire et d'ajouter certaines composantes nouvelles dans leur chant durant chaque période de reproduction !


     Des études sur le chant des oiseaux ont conduit à émettre une hypothèse, selon nous, très probable: l'hypothèse du « modèle auditif ». Cette hypothèse établit que chez certaines espèces le jeune oiseau nait avec un modèle neurologique de la sonorité du chant spécifique de son espèce, ou autrement dit, une intuition auditive, une idée plus ou moins précise de ce à quoi doit ressembler
son chant et comment il doit sonner ! Ainsi, cela expliquerait comment les jeunes oiseaux seraient capables de comparer les sons qu'ils entendent avec ce « modèle » et ainsi de filtrer et trier les sons inappropriés, et comment par cette intuition ils parviennent à sélectionner et conserver les autres sons correspondants afin de les intégrer et les utiliser dans ce qui constituera le futur chant territorial !
 

     L'apprentissage du chant est sélectif ! Des expériences menées ont montré que lorsque l'on expose un jeune sujet d'une espèce aux chants de plusieurs espèces, y compris la sienne, il mémorisera le chant de sa propre espèce. Si on expose un jeune sujet uniquement au chant d'autres espèces que la sienne ou, si il est isolé, ce sujet ne produira qu'une approximation du chant spécifique à sa propre espèce !


     L'apprentissage du chant s'effectue donc essentiellement en deux grandes phases:


-1°) L'exposition à, et la mémorisation des sons spécifiques de l'espèce par comparaison au modèle auditif, pendant les périodes propices (élevage, sevrage et mue).

 

-2°) La production de ces sons.

 

 

Comment les oiseaux chantent-ils ?

Le chant est certainement l'un des meilleurs moyens de communication dont puissent être dotées les créatures.
C'est un moyen parfait pour communiquer sur de longues distances ou bien lorsque l'émetteur et/ou l'auditeur n'est pas visible, par exemple dans la végétation dense ou pendant la nuit.

 

Quel que soit l'habitat, quel que soit l'environnement, l'oiseau aura une manière appropriée d'y chanter. Quand un oiseau chante, il sera toujours entendu, quand bien même il est hors de portée de la vue, le chant voyage dans toutes les directions, il englobe et pénètre tous les objets !


     Mais comment les oiseaux produisent-ils une si complexe variété de notes ?

     Comment peuvent-ils chanter pendant plusieurs minutes sans marquer de pause pour reprendre leur souffle ?
 

     Les compétences vocales des oiseaux dérivent de l'exceptionnelle structure et de l'extraordinaire potentialité de leur équipement vocal !
Le syrinx est l'organe qui produit les sons, il est l'équivalent des cordes vocales chez l'homme. Le syrinx contient des membranes qui vibrent et génèrent des sons quand l'air provenant des poumons passent sur elles. Puis ce sont les muscles du syrinx qui contrôlent le détail de la production des sons, ainsi les oiseaux qui ont un système musculaire vocal plus élaboré sont les plus aptes à produire des sons complexes !
Mais à la différence de nos cordes vocales qui sont situées en haut de la trachée, le syrinx des oiseaux est situé plus bas, à la jonction des deux bronches, ou des tubes conduisant l'air aux poumons. Ce qui signifie que le syrinx a donc deux sources sonores distinctes; chaque membrane sur chaque bronche produit alors des sons distincts, et ces sons sont ensuite unis dans les vocalises de l'oiseau. Ce système explique entre autres, comment les oiseaux peuvent émettre une variété de sons bien au delà supérieure aux possibilités humaines.


     Chez certaines espèces, des oiseaux comme les Locustelles (Locustella) par exemple, peuvent donner l'impression de chanter de longues phrases de chant pendant des minutes entières sans jamais reprendre leur souffle.

 

     En fait, ils reprennent bien leur souffle, mais par petits arrêts presque imperceptibles, ou bien de manière synchronisée avec les syllabes dont est constitué le chant, ce qui le rend cette fois complètement imperceptible !


     Les oiseaux doivent cependant travailler durement pour produire un véritable chant et la compétition est très rude au sein la chorale !

Pourquoi les oiseaux chantent-ils ?

La raison pour laquelle les oiseaux passent autant de temps et dépensent autant d'énergie à chanter, doit être une bonne raison !
En plus de dépenser beaucoup d'une énergie précieuse, il fait tant de bruit, que l'oiseau attire sur lui toutes les attentions et se rend aisément repérable aux prédateurs !

 

Le chant des oiseaux a essentiellement deux fonctions :


-1°) revendiquer un territoire.


-2°) attirer un second.


... et ce sont les mâles, à quelques exceptions près, qui sont chargés de ces tâches !

 

 

     Chez la plupart des espèces, le mâle doit être « propriétaire » d'un territoire pour attirer une femelle et mener à bien la reproduction. Les mâles revendiquent un territoire comme étant le leur en chantant à l'intérieur des limites de ce territoire, pour ce faire, ils ont parfois tendance à avoir recours à un chant relativement simple et court, mais puissant, qu'ils lancent à l'attention des mâles rivaux. Ces chants ont la particularité de porter sur de longues distances et contiennent des informations détaillées sur la situation et l'identité du chanteur !


     Les temps de silence dont sont parfois composés le chant ou les pauses entre chaque sentence, permettent au chanteur d'être attentif aux éventuelles répliques, d'évaluer qui, où, et à quelle distance se situent les éventuels rivaux !
 

Le chant véhicule et dévoile une image très honnête du chanteur. L'oiseau chanteur ne peut pas mentir sur lui-même car chanter requiert une énergie considérable qu'il ne peut pas dépenser s'il ne l'a pas !
Les oiseaux plus petits ou plus faibles ne peuvent donc pas tromper leurs auditeurs sur leur taille, leurs potentialités et leur état réel de santé. Seuls les mâles plein d'énergie, de force et de vitalité ont les moyens de s'investir et de produire un chant puissant, expressif, stable et constant pour dissuader un rival... ou même parfois un prédateur !
 

     Les oiseaux savent discerner entre un oiseau d'une espèce étrangère et un proche rival par leur chant spécifique, ce qui leur permet de concentrer leurs efforts surtout pour la défense territoriale !
Ils ne réagiront pas toujours agressivement à la présence d'un mâle d'une autre espèce, mais si un rival d'une même espèce vient à chanter cela représente alors une véritable menace territoriale ! Une vigoureuse et forte réponse sera alors nécessaire afin de dissuader cet ennemi potentiel de tenter de s'établir et le contraindre à quitter les lieux immédiatement.
 

     Pour essayer d'attirer les femelles sur leur territoire le chant prend alors des tournures d'Opéra.
Les mâles produisent des chant plus longs et plus complexes parfois très subtilement structurés et arrangés avec beaucoup de style et de talent chez certaines espèces ! Les femelles écoutent, mais elles visiteront au préalable plusieurs mâles chanteurs avant d'en choisir un, et elles auront tendance à choisir le mâle qui sera le meilleur chanteur avec le plus vaste répertoire, qui emettra les chants les plus longs et les plus complexes ! Une fois la femelle conquise l'accouplement réalisé, le chant redevient plus doux ou plus « économique ».

Remarque sur l'environnement auditif

A lumière de ce qui a été expliqué précédemment, nous comprendrons alors en quoi la présence d'autres mâles chanteurs et/ou territoriaux dans l'environnement auditif d'un couple reproducteur peut s'avérer être un réel problème !


     Chez certaines espèces, le couple reproducteur doit établir son territoire, et cela se fait essentiellement par le chant du mâle, mais si un mâle entend chanter d'autres mâles aux alentours cela générera alors un stress conséquent chez le couple reproducteur car il aura le sentiment de ne pas avoir défini les limites de son propre territoire et pour certains tempéraments la reprodution ne saurait débuter sans territoire définitivement acquis.
Les conséquences en seront lourdes: oiseaux stressés, violences entre patenaires, oeufs brisés, jeunes jetés hors du nid, etc ...
 

     Il est donc impératif de veiller à ce qu'ils n'y ait pas de concurrence et de compétition entre différents mâles aux alentours de manière à ne pas déranger le couple reproducteur.
Lorsqu'un couple reproducteur est ainsi dérangé par la présence et le chant d'autres sujets dans leur environnement auditif, la Testostérone est alors surabondamment secrétée dans l'organisme des mâles, les rendant plus agressifs et les incitant de nouveau à l'accouplement, dans le même temps, la Prolactine, qui est l'hormone incitant ces même mâles à prendre soin de leur progéniture décroit, ne laissant place qu'à la Testostérone.

     Dans de telles circonstances le couple aura parfois tôt fait de ne plus prendre soin de leur progéniture, de l'éjecter hors du nid, et recommencer un nouvel accouplement et une nouvelle ponte. Ou encore, dans de telles circonstances, des conflits peuvent naître au sein même du couple et cela peut finir au drame !

     Nous avons voulu en avoir le coeur net, et avons effectué une petite expérience !

     Dans 2 volières proches, nous avons placé 2 mâles Shama. Puis nous avons lâché une femelle Shama dans l'une des 2 volières. Aussitôt la femelle lâchée, le mâle est venu parader autour de la femelle, en chantant et en effectuant une petite danse autour d'elle. Cela était pertinament de la courtoisie, et une très belle et impressionante parade par laquelle le mâle voulait séduire la femelle. Cependant, le second mâle situé dans la volière voisine, en entendant tout cela, a commencé lui aussi à émettre son chant pour manifester lui aussi sa présence ! Lorsque notre premier mâle a entendu son voisin concurrent chanter, il a immédiatement détourné son attention de la femelle pour répondre impulsivement au mâle concurrent, puis il est revenu s'occuper à séduire sa femelle. Mais, la situation a pris un tournant, quand le mâle concurrent a recommencé une seconde fois a manifester sa présence en chantant. A ce moment là, la femelle est devenue receptive à ce second mâle, cela s'est vu car elle manifestait de l'attention et de l'interêt au chant du mâle concurrent. Notre premier mâle avec qui la femelle était l'a visiblement mal pris ! Mais cela est allé encore plus loin, quand la femelle a osé répondre au chant du second mâle. A ce moment là, le mâle avec qui elle était, a changé d'attitude, et il est passé d'une parade courtoise à une agressivité sans précédent, il a ainsi commencé à se jeter bec et ongles sur notre femelle dans la ferme intention de la tuer, à tel point que nous avons tout juste eu le temps de la rattraper avant que le drame n'ait eu lieu !

 

     Cette expérience nous prouve à quel point les notions de territoire, de chant, de voisinage, est capital pour la réussite de l'élevage, et  nous explique l'une des causes pour laquelle de nombreux éleveurs ne comprennent pas comment leurs couples reproducteurs en viennent parfois à s'agresser entre eux ou éliminer leur propre progéniture !